Chloé Dugit-Gros et Simon Boudvin

Collège Gisèle Halimi – Ivry-sur-Seine

Dans les cours de récréation, bien souvent, les garçons occupent une place centrale sur les terrains de sports et les filles restent à la périphérie. Tant d’un point de vue formel que symbolique, c’est la marge que tentent de mettre à l’honneur dans leur projet ‘Inventrices, les artistes Chloé Dugit-Gros et Simon Boudvin, dans cette nouvelle œuvre du 1% en Val-de-Marne.
La célébrité de Marie Curie, dont le laboratoire se trouvait à Ivry-sur-Seine, comme le Collège Gisèle Halimi, est une exception. Dans le champ des sciences comme ailleurs, le travail des femmes a été astreint à l’ombre. _ Souvent amenées à travailler cachées ou travesties, leurs travaux se voient publiés sous d’autres noms masculins, leurs découvertes sont dénigrées pour être récupérées, leurs participations sont systématiquement minimisées. L’histoire est une matière qu’il nous faut sans cesse réécrire pour combler ces injustices.
Ces figures, ce sont elles : Hedy Lamarr, Rosalind Franklin, Jeanne Barret, Chien-Shiung Wu, Mileva Einstein, Matilda Electa Joslyn Gage, Marie Tharp, Flora Tristan, Alice Guy, Anna Arnold Hedgeman, Jeanne Villepreux-Power, Ada Lovelace.
Inventrices, cinéastes, chercheuses, botanistes, mathématiciennes, militantes, exploratrices, écrivaines, physiciennes, géologues…Leurs noms n’évoquent pas forcément grand-chose pourtant leurs : "Théorie de la tectonique des plaques", découverte de l’Adn, "Principe d’algorithme", transmission de fréquences d’ondes qui a permis l’invention du GPS et du Wifi, mouvement des Droits Civiques, théorie de la Relativité, "Manifeste du parti communiste" sont fondamentaux pour nos sociétés.

Elles font également l’objet de portraits que les artistes retracent dans le livre « Inventrices », véritable projet éditorial, associant travail d’écriture et d’illustration. La grille du papier à petits carreaux a servi de tuteur pour tracer ces portraits. Ces transcriptions graphiques, libres, inspirées des vies de ces femmes, augmentent leurs biographies. Chaque dessin traite plus ou moins abstraitement des événements de leur histoire, en développant un langage graphique singulier, formant un ensemble cohérent. Chloé Dugit-Gros et Simon Boudvin proposent ensuite d’extraire de cette collection de dessins, des tracés qui servent de matrice à la réalisation de grands formats (3x2.2m). Des “tableaux tubistes” et des “tableaux textiles” en reprennent les contours.
Tous d’un même format, ils constituent une galerie de portraits accrochés dans les différents espaces du collège : la cour, la salle de danse, la salle multisport, la salle d’escalade. On y laisse grimper des plantes dans le jardin pédagogique, y accrocher son survêtement dans les salles de sport, elles se déploient comme des étendards dans la salle polyvalente et le CDI. Prenant tantôt l’allure de mobilier, tantôt l’allure de drapeaux, elles se fondent dans le décor : leur présence est forte mais sans autorité et deviennent de potentiels supports pédagogiques.
Le livre « Inventrices » est distribué aux élèves et aux enseignants et enseignantes qui souhaitent introduire les récits des figures dans leur cours.
Ce sont des indices pour retracer ce grand jeu de piste : quelles sont les inventions qui se cachent derrière ces portraits et auxquelles elles ont largement contribué ?