Simon Ripoll-Hurier

Collège Issaurat, Créteil

EN BANDE ORIGINALE ce sont deux œuvres en une : un film participatif ainsi qu un ensemble d’images et d’interventions murales dans les espaces intérieurs du collège.

Véritable portrait du collège, de ses usagers, usagères et du quartier qui passe par le son et l’écoute, il commence par une question : quels sont les sons qui vous importent ? À la manière d’une odeur qui charrie une montagne de souvenirs, les sons de nos environnements nous constituent, s’imprègnent en nous sans que nous n’y prenions garde. L’état émotionnel de chacun et chacune change imperceptiblement sous l’effet d’un son auquel on n’aura pourtant pas prêté attention. L’artiste précise :« Ce geste attentionnel que je mobilise depuis une décennie dans mon travail, j’aimerais l’apporter au Collège Issaurat, pour en peindre avec ses usageres un paysage sonore et poétique. Le ronflement de l’A86, le roucoulement des pigeons ou les voix qui résonnent dans la rue Raymond Poincarré, le bourdonnement du réfrigérateur, la nuit dans la cuisine, ou le bruit du café qui monte, la sonnerie du collège, le brouhaha de la cantine, le son d’une sirène qui passe au loin, dans le silence d’un devoir sur table ; mais aussi les sons que nul autre ne peut entendre : notre cœur qui bat, les vibrations de notre système nerveux.... Dans cette grande partition, tous ces sons et d’autres que nous n’imaginons pas encore, composent la bande originale de la vie des collégiennes de Louis Issaurat. »

EN BANDE ORIGINALE documente le mouvement des usagers et usagères du collège qui conscientisent leur environnement – un environnement qui commence dans son propre corps et s’étend par cercles concentriques à la chambre, au collège, au quartier, à la ville... – et qui enregistrent avec soin chacun de ces sons. Simon Ripoll-Hurier établit avec les élèves et d’autres participants et participantes d’associations, habitants, ou anciens élèves, une longue liste de sons, de bruits, auxquels ils et elles tiennent. Tous et toutes apprennent ensuite à manipuler différents systèmes d’enregistrement professionnels (microphones, préamplis, enregistreurs) et élaborent collectivement des dispositifs d’enregistrement spécifiques pour chacun de ces sons.

EN BANDE ORIGINALE s’apparente à une comédie musicale bruitiste et expérimentale, qui dresse un portrait sensible du collège et du quartier.

La dernière étape de réalisation est elle aussi filmée : une imprimante murale dépose dans un lent ballet mécanique les spectrogrammes directement sur les murs du collège. Autour de la rampe centrale, comme un jeu de piste, s’inscrivent le battement de cœur d’un ou d’une élève, le son de la batterie de la salle de musique, l’écho des voix à la sortie du collège, le clapotis de l’eau sur le lac de Créteil… Les spectres des sons se déposent dans l’établissement, trace discrète du processus. Leurs formes habitent le collège, à proximité des salles de soin, des salles de classe, du bureau du CPE, de la cantine... Dans cette sélection d’images destinées à être visibles dans l’établissement, nous veillerons à ce qu’aucun élève ne soit identifiable. C’est une façon de révéler les murs, de les faire parler.