Dami (Fulmen), extrait
SMITH
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Séminaire d’étude « Art et psychédéliques : les métamorphoses du sensible »

Du 2 octobre 2026 au 14 mai 2027
14h – 16h
Auditorium du MAC VAL
Réservation conseillée reservation@macval.fr ou 01 43 91 64 23
Gratuit

[Organisé avec Zoë Dubus, chercheuse postdoctorale en histoire de la médecine au Cermes3 (Université Paris Cité, CNRS, Inserm), dans le cadre du projet ARCHE et Pierre Léger, docteur en philosophie, chercheur associé au Centre Gilles Gaston Granger de l’Université d’Aix-Marseille.

Les psychédéliques altèrent profondément l’état de conscience et sont tout particulièrement des exhausteurs de sensibilité. Ils développent la créativité perceptive des sujets qui en font l’expérience (déformations visuelles, synesthésie, fractales, etc.) et entretiennent des liens étroits avec le monde de l’art. De la musique au cinéma en passant par la mode ou la peinture, tous les domaines artistiques sont concernés. Si les années 1960 constituent un pic culturel lié aux psychédéliques pour l’Occident, des traces archéologiques pourraient faire remonter aux Paléolithique les premières représentations d’art en état modifié de conscience. En outre, dans la diversité des expériences qu’ils génèrent, les psychédéliques peuvent inciter l’esthétique philosophique à ouvrir son champ d’interrogation au-delà des catégories classiques comme le beau, le laid, le sublime, le sacré ou encore le baroque, pour questionner par exemple le somptueux, le difforme, le dégoûtant, le terrifiant, l’horrible, etc. Qu’est-ce donc qu’un art psychédélique ? Jusqu’où peut-on faire remonter leur relation au sein de l’histoire humaine ? Quels sont les rapports des psychédéliques avec la créativité artistique ?
L’étude de ces substances apparaît ainsi comme un terrain privilégié pour penser conjointement les transformations de la perception, les catégories esthétiques et les dynamiques de la création artistique.

- Vendredi 2 octobre 2026, 14h – 16h
Introduction : Arts et psychédéliques

Cette séance introductive présentera les psychédéliques, leurs effets perceptifs, corporels et émotionnels, ainsi que les questions qu’ils posent à l’histoire de l’art, à l’esthétique philosophique et à la création artistique. Nous remonterons aux premières traces d’art pouvant être reliées, avec prudence, à des états modifiés de conscience : comment penser ces hypothèses sans projeter sur le passé nos catégories contemporaines ? Et comment la société occidentale s’est-elle coupée pendant près de deux millénaires de ces expériences ? La séance permettra ainsi de poser les grands enjeux du séminaire : comprendre les psychédéliques comme puissants opérateurs esthétiques mais aussi comme des vecteurs de transformations culturelles, sociales, et peut-être thérapeutiques.

- Vendredi 6 novembre 2026, 14h – 16h
Ineffable et psychédélique : la difficile mise en récit

Intimement vécue par la plupart des sujets qui en font l’expérience, la frustration devant les limites du langage et son incapacité à partager l’expérience psychédélique est une donnée phénoménologique constante dans le contexte occidental. Cette frustration s’appuie-t-elle pour autant sur une incommunicabilité indépassable ? En distinguant avec Jankélévitch l’indicible de l’ineffable, nous pourrons proposer une première clarification philosophique de cette problématique. En outre, les expériences psychédéliques, présentées comme « impossibles à décrire », produisent paradoxalement une masse considérable de textes : journaux intimes, récits cliniques, littérature, forums, podcasts, témoignages, trip reports. La séance interrogera cette tension : comment écrire ce qui se présente comme excédant le langage ? Et que fait l’écriture à l’expérience : la restitue-t-elle, la transforme-t-elle, la légitime-t-elle, ou la trahit-elle ? Nous étudierons également combien les récits littéraires (Michaux, Anaïs Nin ou Huxley par exemple) ont largement participé à développer les concepts et les questionnements des scientifiques du XXe siècle face aux psychédéliques.
Invité : SMITH

- Jeudi 10 décembre 2026, 14h – 16h
Contre-culture et psychédéliques : faire exploser la forme artistique

En intensifiant les perceptions, les psychédéliques modifient le rapport au corps, aux couleurs, aux sons, aux formes et aux sensations. Peuvent-ils alors être compris comme des exhausteurs de sensibilité, et ainsi comme des intensificateurs esthétiques ? En tant que tels, en quoi leur utilisation peut-elle alors être riche d’enseignement pour comprendre certaines évolutions artistiques, mais également scientifiques, sociales et politiques du XXe siècle ? La séance montrera comment cette expérience élargie du sensible nourrit la contre-culture des années 1960-1970 et favorise un important foisonnement artistique : rock psychédélique, light shows, cinéma expérimental, mode, graphisme des affiches et des pochettes de disques, dispositifs immersifs. Paradoxalement, cette diversité des formes devient également un style « psychédélique » reconnaissable, et commercialisable. Nous montrerons enfin combien cette esthétique a pu être récupérée par les mouvements de « paniques morales » pour diaboliser la prise de ces substances.

- Vendredi 5 février 2027, 14h – 16h
Laboratoires de la perception : psychiatrie et arts psychédéliques

Du XIXe siècle aux recherches contemporaines, les psychédéliques ont souvent été envisagés comme des instruments d’exploration de la perception, de l’imagination et de la vie psychique. Cette séance interrogera la manière dont psychiatres, psychologues, écrivaines et artistes ont tenté de comprendre les liens entre modification de la conscience et créativité. Mais au-delà d’expériences purement exploratoires, les médecins du XXe siècle ont aussi cherché à évaluer l’intérêt de la création artistique sous psychédélique comme un geste thérapeutique, des recherches qui reprennent activement de nos jours. Quelle est l’importance de l’expérience subjective, intime et vécue en première personne, pour l’efficacité du soin ? Un moyen d’annuler les effets psychédéliques de ces substances pour n’en conserver que l’action chimique peut-elle aussi produire des résultats ? C’est ce que cette séance proposera d’explorer.

- Vendredi 5 mars 2027, 14h – 16h
Créativité et psychédéliques

Les psychédéliques sont fréquemment associés à l’idée d’une intensification de la créativité : visions inédites, associations nouvelles, synesthésies, impression d’accès à des formes ou à des vérités jusque-là inaperçues. Mais les psychédéliques sont-ils des générateurs d’une créativité nouvelle pour les artistes ? Est-il possible de faire passer un peu de l’expérience psychédélique aux spectateurices à travers une œuvre artistique ? Dans les domaines scientifiques, permettent-ils aux chercheureuses de sortir de certaines impasses, de générer de nouveaux raisonnements leur permettant de résoudre certains problèmes jusqu’alors insolubles ? Cette créativité amplifiée est par ailleurs souvent évoquée pour des questions thérapeutiques, mais également productivistes, avec la mode du micro-dosage dans la Silicon Valley notamment. Cette séance interroge la notion de créativité au sein du milieu psychédélique.

- Vendredi 2 avril 2027, 14h – 16h
Au-delà du beau : ayahuasca et arts autochtones

Construire une pensée décoloniale des psychédéliques a pour principal enjeu de sortir des catégories occidentales à travers lesquelles nous les pensons ordinairement. En esthétique, c’est la catégorie de beauté, hégémonique depuis l’Antiquité grecque, qu’il faut aujourd’hui remettre en question pour faire place à la diversité et à la richesse des modes d’affectation sensible des psychédéliques : sublime, grotesque, dégoût, étrangeté, spiritualité ; ces substances génèrent un large spectre d’expériences esthétiques dont il s’agit d’accueillir, et de penser, la diversité. Cette séance s’intéressera aux productions traditionnelles liées à l’ayahuasca, qui engagent à la fois la perception et le corps dans un ensemble de pratiques culturelles. Comme l’a récemment mis à l’honneur l’exposition Visions Chamaniques au Quai Branly (2023-2024), l’aspect esthétique de la culture de l’ayahuasca dans de nombreuses sociétés autochtones d’Amazonie occidentale est en effet absolument central. Les visions suscitées par la substance s’inscrivent dans des cosmologies complexes, des pratiques rituelles, des chants, des savoirs thérapeutiques et des formes plastiques précises dont nous interrogerons la matérialisation. Cette séance permettra aussi de questionner les effets de la circulation de ces productions : que devient cet art lorsqu’il entre dans les musées, les galeries ou les collections occidentales ? Comment penser ensemble puissance esthétique, savoirs autochtones et risques d’exotisation ou d’appropriation ?

- Vendredi 14 mai 2027, 14h – 16h
Les futurs de l’art et de l’esthétique psychédélique

Les recherches futures sur les psychédéliques ont pour principal enjeu de découvrir de nouveaux outils scientifiques capables d’en décrire le mode d’action avec pertinence. Cette séance interrogera les affinités entre expérience esthétique et expérience psychédélique, à partir des notions de dépragmatisation et de fluence (centrales dans l’esthétique contemporaine) : comment certaines expériences suspendent-elles les usages ordinaires du monde, déplacent-elles notre attention et rendent-elles les formes, les couleurs, les sons ou les milieux plus disponibles à la perception ? L’application de ces concepts aux psychédéliques ouvre de nouvelles perspectives d’intelligibilité sur ces substances. Nous verrons également comment ces questions se renouvellent aujourd’hui avec les arts numériques, la réalité virtuelle et les dispositifs immersifs, qui permettent d’explorer autrement la modification des perceptions, la synesthésie et les continuités entre corps, image et environnement. La séance abordera enfin les enjeux écologiques de ces nouvelles esthétiques psychédéliques, en montrant comment elles peuvent reconfigurer notre rapport au vivant, aux plantes, aux animaux, aux champignons, aux paysages et aux milieux.